Chronique « Blurred Memory » par Jacques.F

 

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Non! Ce n’est pas le capitaine Nemo qui, aux premières notes de « Blurred Memory » nous souhaite la bienvenue à bord de son Nautilus. Et pourtant, c’est bien d’un voyage au centre de l’Éther que vient cette musique.
Mais que s’est-il donc passé, autour du 29 février 2016, au cœur de cette falaise de Faverolles, lieu de forge antique niché dans le calcaire haut-marnais, et désormais dédié au modelage, à la fusion,  et à la coulée des sons?

Tout d’abord, c’est la batterie de Vincent qui a réveillé les Dieux de la Roche. Son toucher unique nous évoque instantanément les percussions élastiques et complexes des tablas indiens… sa frappe puissante et méthodique, le travail d’endurance des batteurs d’or pour fabriquer ces feuilles si fines… qu’elles s’envolent au moindre souffle.
Pour obtenir ce résultat, il faut avoir des yeux au bout des doigts, une oreille mystique…et une (déjà !) longue expérience.
Puis c’est la basse de Pierre-Etienne qui a entrepris le forage des puits vers les profondeurs telluriques. La basse de Pierre-Etienne, c’est le ronronnement félin, tranquille et souple, toujours prêt à bondir, d’un six cylindres en ligne britannique. Roadster Jaguar XK120,  passagère en carré Hermès et lunettes de soleil papillons. Pas de place à l’arrière, mais un grand coffre… pour des bagages raffinés…et sur mesure.

 

Anthony, lui, ose tout, passe les obstacles, traverse les murs, franchit les frontières…sans passeport ! Grâce à sa palette de couleurs précieuses, Anthony invente « a la fresca » des motifs et des ornements subtils, saisissant l’instant. Auparavant et dans le secret ses pigments ont été longuement broyés et malaxés jusqu’à la finesse et l’onctuosité désirées.
Louisa, elle, cherche, déterre des racines, dépouille les graines; elle picore, bat des ailes, sautille, tisse son nid, se fait le bec, volète, se pose, lisse ses plumes, chante et s’envole.
Séparées, isolées et résonnant dans ce dédale de galeries obscures obstinément creusées dans le roc par la section rythmique, les guitares d’Anthony et Louisa se sont appelées et rencontrées, l’accord classique de l’une répondant aux accords ouverts de l’autre. En alternant stridences saturées et arpèges de douceur, nappes polyphoniques et mélodies solistes, langages traditionnels et accents étrangers, elles ont fini par fissurer les parois les plus dures, libérant ainsi un magma électrique et sa chaleur lumineuse vers des hauteurs nouvelles.
Au même moment, accroché à sa console, Benjamin, par ses captations glaciaires et magnétiques réussissait à cristalliser ces rivières de lave contrariée. Dans les fissures envahies, ses compressions triodées et pentodiques ont brutalement figé les matières en fusion, les transformant en gemmes tranchantes et transparentes aux couleurs de l’arc-en -ciel.

A la fois anarchique et chimiquement parfait, ce tapis volant de cristal aux tons chatoyants, était désormais prêt à décoller pour nous emmener loin…très loin.
Pendant ce temps, restée à l’air libre en altitude, connectée entre ciel et terre, « mirant » comme l’on dit des oiseaux solitaires observant leur cible, la voix de Louisa, prête à fondre, surveillait l’aventure souterraine. A la fois fragile et hors d’atteinte, cette voix, si particulière, c’est le guide, l’éclaireur : elle était là avant…elle a appris à écouter le silence…Tantôt près de la colère, tantôt porteuse d’espoir; elle console parfois, prie souvent. Confidente et messagère, elle réécrit et nous transmet, grâce à sa mémoire floue, la chanson des grand-pères disparus.

 

Mozart ? Schubert ?Janacek ?

 

Villa-Lobos ? Camaron de la Isla ?

 

Miles Davis ? Robert Johnson ? Leadbelly ?

 

Jim Morrison ? Bon Scott ? Kurt Cobain ?

 

 

Nous ne savons pas…nous ne savons plus…tout devient flou…

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